Marche instable chez la personne âgée : causes, signaux d'alerte et que faire
Une marche qui devient instable — qui titube, hésite, dévie — n'est jamais à banaliser. Cet article aide à identifier les vraies causes médicales, à reconnaître les urgences, et à savoir vers qui se tourner.
« Une marche qui devient instable, ce n'est jamais "juste l'âge". Je le dis aux familles que je rencontre depuis 9 ans à Paris : il y a presque toujours une cause identifiable, et souvent corrigeable. La pire chose à faire est d'attendre, en se disant que ça va passer. La meilleure : consulter, identifier, agir. »
Antoine Legris Coach sportif senior · BPJEPS & APA · à domicile à Paris depuis 2016
L'instabilité de la marche chez une personne âgée est l'un des signaux les plus importants à savoir lire. Elle peut révéler des pathologies très différentes : des plus bénignes (déshydratation, fatigue) aux plus sérieuses (AVC, hématome cérébral, troubles cardiaques). Cet article vous aide à distinguer les niveaux d'urgence et à savoir vers qui vous tourner.
Important : Antoine Legris est coach sportif spécialisé seniors, pas médecin. Cet article a vocation à informer et orienter, pas à remplacer un diagnostic médical. En cas de doute, consultez toujours.
— 01 — Qu'appelle-t-on une marche "instable" ?
Une marche est qualifiée d'instable quand elle s'écarte significativement d'une démarche habituelle assurée. Voici les signes qui doivent alerter :
- Démarche élargie : les pieds s'écartent plus largement que la largeur des hanches, comme pour chercher une base plus stable.
- Pas hésitants : départ retardé, pause entre chaque pas, démarrage difficile.
- Déviation : la personne dévie sur la gauche ou la droite sans s'en rendre compte.
- Trébuchements répétés : sur de petits obstacles, sur ses propres pieds, sur du sol plat.
- Démarche raide : jambes qui se plient à peine, pieds qui ne décollent presque plus du sol.
- Sensation rapportée d'être déstabilisé : "je vais tomber", "ça tangue", "je n'arrive plus".
Un seul de ces signes peut être bénin et passager (fatigue, déshydratation, manque de sommeil). Plusieurs ensemble, ou installation rapide, méritent une consultation.
— 02 — Signaux d'alerte rouge — urgence médicale
Appeler le 15 immédiatement si :
- Apparition brutale d'une instabilité de marche (en quelques minutes ou heures).
- Asymétrie soudaine : une jambe qui ne suit plus, un côté du visage qui s'affaisse.
- Troubles de la parole associés (élocution difficile, mots déformés).
- Maux de tête violents et inhabituels avec instabilité.
- Perte de connaissance, même brève, avec instabilité après.
- Vertiges intenses avec vomissements et instabilité de la marche.
- Confusion brutale ou désorientation chez une personne d'habitude lucide.
Ces signes peuvent évoquer un AVC, un hématome cérébral, un trouble cardiaque grave — situations où chaque heure compte. N'hésitez jamais à appeler le 15 (Samu) ou le 112. Mieux vaut un faux positif qu'un diagnostic tardif.
— 03 — Signaux d'alerte orange — consultation rapide
Consulter le médecin dans les jours qui suivent si :
- Instabilité installée progressivement sur quelques semaines.
- Chute(s) récente(s), même apparemment "sans gravité".
- Vertiges récurrents ou sensation persistante de tangage.
- Fatigue inhabituelle à la marche, essoufflement nouveau.
- Modification récente de l'ordonnance ou ajout d'un médicament.
- Tremblements, raideur, ralentissement global des mouvements.
- Sensations bizarres dans les pieds : fourmillements, engourdissements.
- Trouble de la mémoire récent associé à l'instabilité.
Ces signes ne sont pas des urgences vitales mais nécessitent un bilan médical sous une semaine maximum. Plus le diagnostic est précoce, plus la prise en charge est efficace.
« Si vous remarquez chez votre parent une marche qui devient instable, ne lui dites pas "c'est juste l'âge". Posez-lui des questions précises : quand est-ce que c'est apparu ? Y a-t-il eu un événement déclenchant ? Y a-t-il des chutes même mineures ? Cette discussion fait gagner des semaines de diagnostic. »
— 04 — Les principales causes médicales d'une marche instable
Les causes possibles sont nombreuses. Voici les plus fréquentes que rencontrent gériatres et médecins traitants :
Maladie de Parkinson débutante
L'instabilité posturale est l'un des signes possibles dans les premières années de la maladie. Elle s'accompagne souvent de tremblements au repos, d'une raideur, d'une lenteur globale, d'une voix qui baisse.
Voyez aussi : activité physique et maladie de Parkinson.
Séquelles d'AVC ancien (parfois silencieux)
Certains "petits AVC" peuvent passer inaperçus mais laisser une discrète asymétrie de la marche. Une IRM peut les révéler. La rééducation reste possible et bénéfique, même tardivement.
Trouble de l'oreille interne
Le vertige paroxystique positionnel bénin (VPPB), la maladie de Ménière, la névrite vestibulaire : tous donnent des sensations de tangage et d'instabilité. Heureusement très souvent traitables par un ORL ou un kiné spécialisé.
Hypotension orthostatique
La tension qui chute au passage debout. Très fréquent après 70 ans, souvent dû aux médicaments. Donne des sensations de tête vide, de jambes molles, parfois de chute. Diagnostic simple par mesure de la tension assise puis debout.
Polymédication
Quatre médicaments quotidiens et plus = facteur de risque reconnu. Les somnifères, anxiolytiques, certains anti-hypertenseurs sont les principaux suspects. Une revue d'ordonnance peut transformer la situation.
Carence en vitamine B12 ou D
Carences fréquentes après 70 ans, parfois silencieuses. Peuvent entraîner des troubles neurologiques avec instabilité. Diagnostic par simple prise de sang, traitement par supplémentation efficace.
Arthrose avancée
Arthrose des hanches, genoux, ou cervicale : chacune peut générer une instabilité par compensation antalgique. Le travail de mobilité et le renforcement musculaire ciblé donnent souvent de très bons résultats.
Baisse de la vue ou de l'audition
Une vue mal corrigée, surtout avec verres progressifs mal adaptés, génère des troubles d'équilibre. De même, certaines surdités touchent l'oreille interne. Bilan ophtalmologique et ORL annuels recommandés.
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Tous les arrondissements de Paris · Lun–Ven 8h–18h— 05 — Qui consulter et quand
Voici l'ordre logique des consultations selon la situation :
- Le médecin traitant en premier : c'est lui qui fait le tri, prescrit les premiers examens (prise de sang, mesure tension), et oriente vers les spécialistes si besoin.
- Le gériatre : pour un bilan global après 75 ans, recommandé tous les 1-2 ans même sans symptôme particulier.
- Le neurologue : en cas de tremblements, raideur, ralentissement, ou sur demande du médecin traitant.
- Le cardiologue : en cas d'essoufflement, fatigue, sensations vertigineuses au lever.
- L'ORL : en cas de vertiges, oreille bouchée, perte d'audition.
- L'ophtalmologue : au moins une fois par an, pour vérifier la correction et écarter une cataracte.
- Le kinésithérapeute : une fois la cause identifiée, pour la rééducation spécifique.
- Le coach APA : en complément du kiné, pour le travail de réadaptation à long terme.
— 06 — Après le diagnostic : que faire
Une fois la cause identifiée et le traitement médical mis en place, il reste un travail essentiel : rééduquer la marche elle-même. Le médicament ou la chirurgie traite la cause ; la rééducation traite la conséquence — la perte fonctionnelle.
- Travail d'équilibre 3 fois par semaine : les 7 exercices d'équilibre à la maison.
- Renforcement musculaire ciblé jambes 2 fois par semaine : renforcer ses jambes après 70 ans.
- Travail spécifique de la marche : comment améliorer la marche d'un senior.
- Prévention des chutes : comment prévenir les chutes.
- Reprise progressive si suspension d'activité : retrouver mobilité après inactivité.
« Mon rôle ne remplace jamais celui du médecin ou du kiné. Il vient en complément, sur le long terme, quand la phase aiguë de rééducation est terminée. C'est moi qui aide à reprendre confiance, à retrouver l'autonomie au quotidien, à entretenir les acquis sur la durée. À deux, on couvre tout le parcours. »
— 07 — Questions fréquentes
Quand faut-il appeler le 15 pour une marche instable ?
Toujours en cas d'apparition brutale (en minutes ou heures), surtout si l'instabilité s'accompagne de troubles de la parole, asymétrie du visage, faiblesse d'un côté, maux de tête violents, perte de connaissance, ou confusion. Ces signes peuvent évoquer un AVC ou un hématome cérébral, où chaque heure compte. N'hésitez jamais.
Mon parent dit que ce n'est rien, comment l'amener à consulter ?
Présentez la consultation comme un bilan préventif, pas comme une réponse à un problème. "Tu es en âge où c'est conseillé de faire le point régulièrement avec un gériatre" passe mieux que "tu marches mal, va voir un médecin". Vous pouvez aussi proposer d'accompagner votre parent à la consultation pour le rassurer.
Une marche instable annonce-t-elle toujours une maladie grave ?
Non, heureusement. Beaucoup de marches instables ont des causes simples et corrigibles : déshydratation, fatigue, médicament inadapté, vertige bénin, baisse de vue mal corrigée, raideur de hanche. C'est le diagnostic médical qui permet de distinguer le bénin du sérieux — d'où l'importance de consulter rapidement plutôt que de faire l'autruche.
Quelle est la différence entre instabilité et vertige ?
Le vertige est une illusion de mouvement : la personne sent que tout tourne autour d'elle ou qu'elle bouge alors qu'elle est immobile. C'est typiquement d'origine vestibulaire (oreille interne). L'instabilité est une incertitude de l'équilibre sans rotation perçue. Les deux peuvent coexister et avoir des causes différentes. À préciser au médecin lors de la consultation.
La canne est-elle une solution ?
Une canne est utile dans certains cas (instabilité réelle, suite de chute, pathologie articulaire), mais elle ne traite pas la cause de l'instabilité. Si vous l'adoptez sans diagnostic, vous risquez de masquer un problème médical traitable, et de favoriser la fonte musculaire par sous-utilisation des jambes. Toujours consulter d'abord, puis voir avec le kiné si la canne est utile.
Combien de temps pour récupérer après le diagnostic ?
Cela dépend totalement de la cause. Une carence en vitamine se corrige en 4-8 semaines. Un médicament inadapté : en quelques jours après le changement. Un trouble vestibulaire : en 4-12 semaines avec rééducation. Un AVC : plusieurs mois. Une maladie de Parkinson : prise en charge à vie mais avec stabilisation possible. Le médecin et le kiné donnent des estimations selon le cas.
Faut-il faire des exercices à domicile en attendant la consultation ?
Oui, mais en sécurité. En cas d'instabilité installée, évitez les exercices debout sans appui. Privilégiez la mobilité douce assise et la marche avec appui (sur un meuble, un proche, une canne temporaire). Évitez surtout : les escaliers seuls, les douches sans tapis antidérapant, les sols glissants. Et bien sûr, consultez sans tarder.
Le coaching peut-il aider après le diagnostic ?
Oui, en complément du suivi médical et kiné. Un coach formé en APA (Activité Physique Adaptée) intervient typiquement une fois la phase aiguë de rééducation terminée, pour : maintenir les acquis sur le long terme, prévenir les rechutes, restaurer la confiance, accompagner le retour à une vie active. Le coaching ne remplace jamais le suivi médical mais le prolonge utilement.
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